HOWTO : Décrypter un MD5 ... et flinguer son mot de passe

Ça phosphore dur sur le Net français depuis quelques jours. En attente de l'annonce officielle des offres Free Mobile, on assiste à de glorieux moments de pignolade qui feraient passer les fans du Da Vinci Code pour des Prix Nobel. Au milieu du bukkake 2.0 du hashtag #FreeMobile, une chose a toutefois attiré mon attention. La dernière version de la page http://live.free.fr, sorte de Ka'aba vers laquelle se tournent tous les internautes en attente des dernières révélations du prophète Xavier Niel, comporte en effet un mystérieux code hexadécimal sur le flanc d'une fusée en ASCII Art. Après investigation il s'avère que cette chaîne de caractères, "efb7929e6a5b7dcc6ebb79aa3c45af13", correspond au hash MD5 du mot "jesaispas".

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Toutes les news affirment à tort qu'il s'agit d'un "décryptage" de la chaîne MD5. Or il est parfaitement impossible de "décrypter" (on dit déchiffrer, merci de respecter notre belle langue en ce jour du 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc) un hash MD5, pour la simple et bonne raison que le MD5 n'est pas un chiffrement mais un hachage. Pour faire simple, un chiffrement est un procédé réversible, permettant d'encoder et de décoder une chaîne de caractère, tandis qu'un hachage est un procédé irréversibe permettant seulement d'encoder. Le décodage est impossible car le hachage est en général destructif (il y a perte d'information, ce qui est l'un des effets recherchés) et non unique (plusieurs chaînes source peuvent donner la même valeur hachée, on appelle cela une collision).

Une application concrète et bien connue du hachage est la numérologie à 9 nombres utilisée à des fins divinatoires. Vous prenez par exemple les chiffres de votre date de naissance que vous additionnez, et vous obtenez votre "numéro magique". Pour Jeanne d'Arc, née le 06/01/1412, cela donne 6+1+1+4+1+2 = 15, qui donne ensuite 1+5 = 6.  Ça ne lui a pas trop porté chance à la pucelle de Domrémy (on se demande bien pourquoi).

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Jeanne d'Arc était une sorcière, en voici la preuve

La numérologie à 9 chiffres est donc un exemple ultra-simplifié de hachage à 9 entrées, avec énormément de collisions. L'algorithme MD5, quant à lui, génère 128 bits (ou 32 chiffres hexadécimaux), soit 2^128 ou 3,4e+38 entrées (beaucoup plus que le nombre d'étoiles dans l'univers). Les probabilités de collisions sont donc faibles mais elles existent. Des chercheurs ont d'ailleurs montré la vulnérabilité du système MD5 il y a quelques années, permettant de générer un substitut de mot de passe valide à partir du hash MD5 d'un mot de passe inconnu.

Même si l'usage de MD5 est désormais déconseillé pour les applications à haut niveau de sécurité, cette algorithme reste très populaire, notamment pour sa simplicité et également pour ses propriétés d'irréversibilité. En effet il est théoriquement très difficile de "décrypter" un mot de passe dont on ne connaît que le hash MD5, il est donc devenu pratique courante de stocker les mots de passe d'utilisateurs de sites internet sous forme de hash MD5 plutôt qu'en clair dans une base de données, de sorte qu'un attaquant ne puisse pas retrouver ces mots de passe s'il réussissait à accéder à celle-ci. Ainsi il suffit de générer le hash MD5 du mot de passe saisi par un utilisateur voulant se connecter et de le comparer à la valeur stockée en base pour le valider.

Xavier Niel annonçant les tarifs Free Mobile à un parterre de journalistes

Faisons comme Jeanne d'Arc, revenons à nos moutons. Comment les freenautes en mal d'offre mobile ont-il fait pour "décrypter" le hash MD5 présent sur la fusée Free Mobile ? Il existe certes des techniques (comme les Rainbow Tables) qui permettent de rendre le MD5 partiellement réversible moyennant quelques contraintes (comme l'usage exclusif de caractères alphabétiques minuscules par exemple), mais il existe une autre solution semble-t-il assez répandue qui consiste à générer des centaines de millions de valeurs de hash à partir d'une combinaison de caractères, comme les mots du dictionnaire par exemple. On stocke ensuite dans une base de donnée la valeur de hash avec le mot correspondant, et une simple requête permet ensuite de retrouver un mot à partir de son hash. Il existe apparemment plusieurs bases de données en ligne offrant ce type de service, et notamment l'une en particulier qui est à l'origine de ce billet.

Une simple recherche Google sur "MD5 Decrypt" donne en second lien le site MD5 Decrypter.com. L'interface se présente assez simplement : une zone de saisie pour le hash MD5 et un CAPTCHA. Le site annonce la couleur : il fonctionne tout simplement avec une base de données de hashes MD5 (pas de brute force ou de rainbow table) qui selon eux contient plus de 15 millions d'entrées. Il comporte également un onglet "Encrypter" qui pointe sur son site jumeau "MD5 Encrypter.com" qui fera l'objet de toutes nos attentions.

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Testons donc la sécurité de notre mot de passe. A titre personnel j'utilise pour tous mes comptes une phrase facile à retenir : "El Fredo est un dieu vivant" (mais ne le répétez pas, ça reste entre nous, hein ?). Son hash MD5 est égal à "b3ec068b0762571299ddd74115a588f2". Je vais donc saisir cette valeur pour savoir si mon mot de passe ultra-sécurisé est présent dans leur base (il est totalement incrackable par les procédés actuels) :

Md5_decrypter
Bien bien bien. Donc je peux continuer à l'utiliser en toute tranquilité. Par curiosité je vais maintenant utiliser leur service d'encodage pour voir s'il fonctionne correctement :

Md5_encrypter
Md5_encrypter
Super, la chaîne MD5 est bien la même (le contraire eût été étonnant).

Tiens, un détail me chagrine... Le site d'encryption parle de base de données avec le nombre de conversions effectuées, étonnamment proche du nombre d'entrées annoncé par le premier site. Pourquoi utiliser une base de données pour générer un hash MD5 ?

O-oh...

Retournons vite sur l'onglet "Decrypter" histoire de s'ôter d'un doute affreux :

Md5_decrypter
Md5_decrypter
Bingo : ce site connaît désormais mon mot de passe ultra-sécurisé et son hash MD5, me laissant à la merci du premier Jean-Kévin venu. Ma vie 2.0 est foutue, je n'ai plus qu'à me digicider.

Ce site, très bien placé dans les résultats de requêtes Google "MD5 encode" et "MD5 encrypt", est donc ce qu'il convient d'appeler une arnaque : sous couvert d'un service d'encodage MD5, il alimente une base de donnée permettant à tout un chacun de "décrypter" une chaîne MD5 préalablement saisie. Moralité : comme dans la vraie vie où il faut sortir couvert, faites preuve de prudence et ne saisissez pas de données sensibles n'importe où sur le Net, car celui-ci a de la mémoire.

Dans une primaire, le seul vote utile est un vote de conviction

Ce dimanche aura lieu en France un événement historique, les Primaires Citoyennes. C'est en effet la première fois qu'un parti politique permet au peuple tout entier et non à ses seuls adhérents de désigner son candidat à une élection présidentielle. Au terme de trois débats télévisés, nous, citoyens, auront donc le choix entre les six prétendants : Arnaud Montebourg, Martine AubryJean-Michel Baylet, Manuel VallsFrançois HollandeSégolène Royal.

Primaire

Le mot-clé est "vous"

Or j'entends de plus en plus dire que les jeux sont faits, et qu'il faut voter "utile" pour le candidat ayant le plus de chance de battre Nicolas Sarkozy en 2012. Je suis en total désaccord avec ces assertions.

En effet, qu'est-ce qui permet à quiconque de juger de la capacité de l'un ou l'autre à battre Sarkozy ? Les sondages ? On le dit et le répète pourtant, les sondages n'ont aucune valeur aussi loin de l'échéance, les cimetières politiques sont pleins d'anciens chouchous des sondages et des médias. Et ceci est encore plus vrai concernant ces primaires puisque, s'agissant d'un exercice nouveau, les sondeurs sont parfaitement incapables de prédire qui va voter pour qui et dans quel volume ou proportion.

Et puis cette histoire de "vote utile" traduit bien un certain défaitisme au sein de la gauche depuis un certain 21 avril 2002. Or il s'agit ici d'une primaire et non du premier tour de l'élection présidentielle. Un(e) candidat(e) surprise ne va pas s'inviter subrepticement à la place du candidat de gauche et le priver de participer à l'échéance officielle. Nous sommes ici pour choisir ce candidat en fonction de nos convictions. Sa capacité à battre ses adversaires lors de l'élection présidentielle ne dépendra que de ce qui se passera APRES cette primaire. S'il y a bien une chose dont on peut être sûr, c'est que le vainqueur de cette primaire sera de gauche (même s'il est moins à gauche que les tribunaux).

Or le candidat ci-devant sélectionné par les sondeurs et les médias, à savoir François Hollande, serait ainsi jugé comme le meilleur face au président sortant, raison pour laquelle il échoirait au peuple de gauche de le désigner avec le plus large score possible afin d'asseoir sa légitimité, le reste étant affaire de patience. Je ne sais pas vous, mais moi ça me rappelle furieusement la précédente élection présidentielle.

Mais pour remporter l'élection, la vraie, encore faut-il convaincre les électeurs d'aller voter. Faute de quoi ce seront les abstentionnistes des deux bords qui feront l'élection en proportion de leurs désenchantements respectifs. Et par sécurité je préfère penser que ceux d'en face iront voter plutôt que d'espérer que les nôtres seront moins nombreux à s'abstenir de le faire.

Pour convaincre les électeurs que cette élection a une utilité, il faut un candidat qui ait la volonté de changer les choses en profondeur, et non s'accomoder d'un système pourri du sommet aux fondations. Or quand le favori officiel se distingue par un flou artistique sur la plupart des sujets (hormis la jeunesse et l'éducation) en privilégiant une synthèse centriste et molle du genou, et commence déjà à accumuler les renoncements et la frilosité, il y a de quoi s'inquiéter pour la suite. Car il faudra du courage et de la combattivité pour gagner cette élection qui, comme toute élection, n'est absolument pas gagnée d'avance.

Election_imperdable

Idéal pour caler une table branlante

Alors faites votre choix en conscience et gardez le vote utile pour le premier tour de l'élection présidentielle. Dans cette primaire, votez pour quelqu'un dont les propositions correspondent à vos convictions, que ces convictions puissent peser sur le vainqueur pour le reste de la campagne. Gardez toujours en tête cette citation de Condorcet :

« Mandataire du peuple, je ferai ce que je croirai le plus conforme à ses intérêts. Il m’a envoyé pour exposer MES idées, non les siennes ; l’indépendance absolue de mes opinions est le premier de mes devoirs envers lui »

En ce qui me concerne, mon choix se portera sur Arnaud Montebourg. Si vous-mêmes êtes convaincus par le discours d'Hollande sur la jeunesse et l'éducation, alors votez pour lui. Mais dans le cas contraire, ne laissez pas les autres penser et choisir à votre place, surtout quand ces autres se sont trompés avec constance et régularité depuis tant d'années. 

Alain-duhamel

Unité 2012 : Et maintenant ?

Si vous suivez un tant soit peu la blogosphère politique française vous n'avez certainement pas échappé à l'appel pour l'unité à gauche initié par un collectif de blogueur, que je soutiens. Cet appel a généré de vives réactions de part et d'autre, et a semble-t-il également attiré l'attention d'un certain nombre de responsables politiques. Je ne reviendrais pas sur les critiques adressées à cette initiative, d'autres s'en sont très bien chargés. Pour schématiser un peu, il semble y avoir un certain consensus en faveur de cet appel du côté des soutiens du PS, les réactions côté EELV étant plus mitigées, celles côté PG/FdG étant plus franchement hostiles.

La principale crainte exprimée est celle d'une OPA du PS sur l'électorat de gauche au détriment des autres partis. D'aucuns prétendent même cette initiative téléguidée par Solférino ! D'autant plus étonnant quand certains signataires sont proches du PG. Moins acceptable à mes yeux est l'argument selon lequel le FdG est la seule initiative viable ou légitime pour assurer l'unité à gauche et que tous ses partisans seraient tenus de le rejoindre et de s'aligner sur ses positions. Ca n'est franchement pas une bonne méthode pour entamer la discussion ! Même si je comprends le point de vue de ceux qui la défendent : selon eux, pour gagner la gauche doit affirmer son identité, être décomplexée, et ne pas transiger sur les principes.

En cela je suis d'accord, mais encore faut-il se mettre d'accord sur ces fameux principes. N'oublions pas que nous parlons de l'élection présidentielle : les électeurs ne vont pas se décider après avoir lu 500 pages de programme (surtout s'ils pensent que la plupart ne seront pas appliqués), mais en fonction d'un nombre restreint de slogans (osons le mot, il n'a rien de négatif) et de la personne qui les porte. Ca n'a en apparence rien de noble, mais depuis quand l'élection présidentielle est-elle noble ? Au contraire c'est une bataille sanglante menée à coup de simplismes et d'attaques personnelles. Et pour mener le combat il faut des slogans efficaces et une personne solide. Celui qui prétend le contraire n'a rien compris à l'élection présidentielle de la 5e République. Nicolas Sarkozy a gagné cette bataille en 2007 avec des slogans creux comme "travailler plus pour gagner plus", une volonté de fer et des troupes en ordre de bataille, et ce malgré un bilan désastreux. Si la gauche veut l'emporter en 2012, elle devra être unie derrière un candidat qui pourra être soutenu par l'électorat de gauche dans son ensemble, et sur des slogans "pleins", des principes sur lesquels on ne transigera pas.

Pour assurer l'unité, il faut donc que la gauche définisse un ensemble d'objectifs, de valeurs et de principes communs, sous la forme d'une liste de slogans porteurs de sens. Pour cela il faut que chacun d'entre nous fasse la liste des points qui lui semblent essentiels. Quand, après avoir fait cet exercice, on réalisera que l'électorat de gauche peut s'accorder sur tous ces points, alors on aura fait un gros progrès vers l'unité. J'engage donc tous mes lecteurs à m'imiter et à faire cette liste de leur côté.

 

Et je commence par :

En finir avec la 5e République

A mes yeux, s'il y a un point sur lequel nous devons tous être d'accord à gauche, c'est la nécessité absolue de se débarrasser de ce système bâtard et bancal qu'est la 5e République. Nous avons manqué cette occasion en 1981, nous n'avons pas le droit de la laisser passer à nouveau. Le sarkozysme est la matérialisation de toutes les craintes et de toutes les critiques que la gauche adresse à ce régime depuis ses origines : concentration des pouvoirs, personnalisation, déficit de représentativité, mépris du peuple... Un candidat ou un parti ne pourra légitimement se réclamer de la gauche s'il ne s'engage pas à mettre à bas une fois pour toute cet ultime avatar de la monarchie. Tu m'as bien entendu Manuel ? Cette question n'est pas secondaire, théorique ou idéologique : elle détermine tout le reste. Si je devais faire le tri de tous les objectifs que la gauche doit viser, je placerais celui-ci en premier, et s'il n'en reste qu'un ce sera celui-là. Il n'est pas de sauveur suprême et il serait paradoxal que la gauche continue à cautionner ce système qui concentre toute l'expression démocratique dans la seule désignation périodique d'un unique représentant ("rencontre d'un homme avec un peuple"), les autres scrutins réduits au simple rôle de corollaire.

Quant à la forme que prendra sa remplaçante, ou les modes de scrutins qui seront appliqués, ces questions sont secondaires pour le cas qui nous intéresse. Il sera temps d'en débattre lorsque l'Assemblée Constituante sera réunie au nom du peuple, inutile de nous diviser sur des détails qui seront réglés ultérieurement par l'expression démocratique.

 

Suivront maintenant les autres points, dans aucun ordre particulier, et de façon non exhaustive.

 

Mettre en place une réforme fiscale qui garantisse le fonctionnement de l'Etat et la solidarité nationale

Progressivité de la fiscalité des personnes.

Fiscalité des entreprises favorisant les comportements vertueux et pénalisant les comportements nocifs.

Généraliser le principe du bonus/malus en lieu et place des niches fiscales de circonstance.

Sauvegarder les services et les biens publics

Garantir à tous (personnes comme entreprises) un accès abordable aux services et équipements publics et aux infrastructures.

Sortir les services publics de la logique comptable et marchande.

Garantir la maintenance et l'entretien du patrimoine et des infrastructures publiques.

Garantir la solidarité nationale et la cohésion sociale

Assurer une redistribution équitable des richesses.

Garantir à tous un revenu suffisant.

Aller vers l'établissement d'un revenu universel.

Privilégier une offre locative abondante, abordable et de qualité, contre le tout-propriétariat.

Sauvegarder les libertés publiques, accompagner les changements sociétaux

Laïcité, lutte contre l'ordre moral, respect de la vie privé, ...

Démocratiser la société et réguler l'économie

Impliquer les citoyens dans les processus de décision politique.

Assurer la transparence et la liberté de l'information publique à tous les niveaux.

Impliquer les salariés dans le contrôle de l'entreprise.

Assurer aux entreprises un cadre réglementaire stable, transparent et juste, associé à un pouvoir coercitif pour l'appliquer.

Protéger les PME locales du dumping des grands groupes et des multinationales.

Accompagner les actifs tout au long de leur vie professionnelle : service public de l'emploi, sécurité sociale professionnelle...

Mettre la finance sous contrôle

Exiger la transparence des montages et des circuits financiers.

Assurer aux salariés un droit de regard et de préemption sur leur outil de travail.

Mettre en place un service bancaire public financé par un prélèvement sur les profits bancaires et financiers afin de pallier aux carences du système.

Lutter contre la spéculation par une fiscalité dissuasive.

Assurer la transition écologique de la société et de l'économie dans un contexte global

Diversifier le mix énergétique.

Réduire notre empreinte écologique à tous les niveaux (personnes, entreprises, Etat).

Privilégier l'agriculture biologique, les circuits courts et les productions locales.

Etablir une fiscalité écologique et sociale selon le principe de bonus/malus.

Interdire les OGM et l'appropriation du vivant.

 

 

Voici donc les points qui semblent essentiel à mes yeux, liste susceptibles d'évoluer. Attention, il ne s'agit pas d'un programme avec propositions détaillées, mais de principes forts. Le temps du programme est celui des Législatives, pas de la Présidentielle. Donc inutile de venir argumenter sur leur caractère vague voire creux, le but n'est pas de rédiger un programme de 500 pages sur un billet de blog mais de définir des objectifs clairs. Peu importent les différentes propositions concrètes tant qu'elles répondent à ces objectifs. Ne nous divisons pas sur les moyens de les atteindre.

Quoi qu'il arrive je prends l'engagement solennel de voter pour un candidat qui saura à la fois défendre l'ensemble de ces points et réunir l'adhésion la plus large possible sur sa personne. Et inversement, quiconque faillira sur ne serait-ce qu'un seul de ses points perdra ma voix. A titre personnel, au PS je ne vois pour l'instant que Ségolène Royal ou Arnaud Montebourg qui soient en cohérence avec ces propositions, ma préférence allant à ce dernier (Royal souffrant malheureusement d'un déficit d'image difficile à compenser malgré son travail acharné).

Maintenant c'est à vous, avant je l'espère une prochaine étape plus concrète.

Unité 2012 : Il y a un an...

Il y a un an environ, je lançais en réaction constructive au No Sarkozy Day un projet, désormais avorté, de Wiki politique permettant l'élaboration collaborative d'un programme de gauche. Bien que l'objet en ait été différent, je pense que cette initiative participe du même état d'esprit que l'appel à l'Unité pour 2012 récemment lancée par un collectif de blogueur, que je soutiens. A savoir la possibilité que le Web offre aux citoyens d'influer sur les partis censés les représenter. Aussi reproduis-je ici la présentation du projet que j'avais rédigée à l'époque.

 

 

Benjamin Bayart : « L’imprimerie a permis au peuple de lire, Internet va lui permettre d’écrire. »

Créer un site Web collaboratif pour élaborer un programme politique citoyen. Cette idée murissait dans mon esprit depuis quelque temps déjà. Mais ce sont vraiment ces dernières semaines qu'elle a commencé à se concrétiser. L'élément déclencheur fut l'annonce d'un No Sarkozy Day, bientôt relayée par un certain nombre de blogueurs en faveur de cette initiative, et rapidement suivie par d'autres marquant leur opposition (dont je fais partie). 

Par delà l'aspect picrocholin de cette querelle bloguesque, cette affaire est révélatrice de la déliquescence du débat politique dans notre pays, exacerbée par sa personnalisation excessive dont Nicolas Sarkozy est la plus frappante incarnation. L'environnement politique français est marqué par le discrédit dont souffrent les partis politiques de tous bords aux yeux des citoyens de base. Situation peu étonnante puisque les Français sont traditionnellement méfiants envers leurs élites, mais il semble que le fossé se soit aggravé ces dernières années. En ce sens l'avènement de Nicolas Sarkozy à la tête de l'Etat est plus le symptôme que la cause d'un mal profond dont l'une des conséquences est la dévalorisation du discours politique en général : la forme plutôt que le fond, la personne plutôt que le programme. Dérive résumée par le second tour de l'élection présidentielle de 2007 opposant les deux personnalités politiques incarnant cette personnalisation à outrance aux yeux du citoyen mal informé.

Or la personnalisation, si l'on peut la regretter, n'est pas en soi une menace pour le discours politique si elle est au service d'un programme solide. En ce sens elle n'est que la traduction politique de la starisation de la société et de la dictature de la communication et du marketing. Mais en la matière le pragmatisme devrait prévaloir, et par-delà les aspects personnels de tel ou telle acteur ou actrice politique, la qualité des propositions et la confrontation des idées devraient prendre le pas sur les qualités de communication individuelles. Force est de constater qu'il n'en est rien et que la sphère médiatique, dont le rôle est pourtant d'informer le citoyen, tend à se focaliser sur les aspects personnels plus vendeurs ou plus croustillants des politiques au détriment de leurs idées. Il est notable de constater que Ségolène Royal, dont la constance et la pertinence politique ne sont plus à démontrer sur de nombreux sujets, soit résumée à une girouette opportuniste alors que son discours n'a sur certains points pas varié d'un pouce depuis des années. A contrario, l'agitation dont fait preuve Nicolas Sarkozy noie sous les Unités de Bruit Médiatique la pauvreté idéologique et l'absence de cohérence de son action. La forme masque le fond et la personnalisation se révèle à double tranchant.

Mais la médiocrité du débat politique français ne se résume pas à cette fameuse personnalisation excessive. Les partis politiques ont malheureusement échoué à faire la preuve de leur pertinence dans le débat politique tant les querelles de personnes et les ambitions et calculs électoralistes paraissent prendre le pas sur la promotion des idées. L'inconstance, le simplisme, la pensée binaire, les oppositions pavloviennes, voilà ce qui caractérise la communication partisane. Ceci est d'autant plus déplorable que les partis restent la forme privilégiée de l'engagement politique et des lieux de réflexion intense. Il faut croire que le divorce que l'on ressent entre le peuple et les élites se reproduit à l'échelle des partis entre les militants et les dirigeants.

Pour parachever le tableau, la France a le triste privilège de disposer du monde médiatique le plus veule du monde occidental, au point qu'on hésite pour le qualifier entre les termes médiacratie et médiocratie. Les journalistes politiques en vue, à de rares exceptions près, se caractérisent tant par la connivence et la proximité dont ils font preuve avec les politiques que par leur absence de pugnacité lors des interviews. Les notions de relance ou de contradiction leur sont totalement étrangères, et il est inutile de compter sur eux pour mettre en doute les mensonges et contre-vérités assénées quotidiennement par leurs invités ou en conférences de presse. La presse écrite n'est pas en reste et semble se plus se focaliser sur les petites phrases, bourdes, histoires de cœur ou garde-robe des politiques que sur les analyses et questions de fond, que le dirigeant d'un des plus grands quotidiens nationaux a cru bon d'avouer qu'elles étaient reléguées au fin fond de son journal. Pour finir, on retrouve encore ici ce clivage entre peuple et élite, avec d'un coté l'aristocratie médiatique qui parade et se pavane à la télévision, laissant le travail de fond à la piétaille et aux pigistes.

 

Mais la situation est en train de changer et les rapports de force de s'inverser.

 

L'irruption de l'Internet dans les débats publics a fait exploser le schéma classique pyramidal dans la sphère médiatique. D'une information assénée par les JT et la presse dominante, les citoyens-internautes multiplient dorénavant leurs sources d'information quitte à se passer totalement des médias professionnels. Tout citoyen a désormais légitimité pour exprimer son avis sur ce qui le concerne directement. Le travail d'analyse est désormais assuré en grande partie par les blogs qui ainsi pallient à la presse défaillante et rivalisent en qualité avec celle-ci, au point qu'elle se livre souvent au pillage pur et simple de leurs contenus tout en continuant de leur accorder toute légitimité journalistique. La révolution médiatique est en cours : d'un côté le microcosme déconnecté de la réalité, de l'autre le citoyen qui produit et cherche l'information à sa source. Schéma pyramidal descendant d'un côté, réseau social horizontal de l'autre.

Le monde politique échappe encore temporairement à cette révolution. La brève incursion du thème de la démocratie participative lors de la campagne présidentielle de Ségolène Royal n'a pas encore eu d'effet concret. Cette idée, qui fut d'abord moquée allègrement par tous les penseurs agrées des sphères politiques et médiatiques, le fut principalement à cause de la personne qui la portait, symptôme édifiant de la personnalisation de la politique. Ce thème semble désormais revenir à la mode, y compris chez ses anciens détracteurs de tous bords, ce qui devrait inciter à la méfiance et la circonspection. On peut raisonnablement soupçonner ces nouveaux convertis de vouloir instrumentaliser cette idée à des fins électoralistes. Le citoyen de base doit rester vigilant face à ces tentatives de récupération dont l'intention est claire : tuer toute initiative citoyenne au profit d'un verrouillage du débat par les professionnels de la politique, et donc pervertir et discréditer cette idée. Pour qu'une expérience de démocratie participative puisse être crédible acceptée en toute confiance, il faut donc qu'elle émane de la base et non des élites.

Pour qu'on puisse assister à l'irruption d'une telle révolution dans le monde politique, il faut qu'elle touche à l'essence même de la politique, à savoir les idées, les propositions, le programme. L'élaboration des programmes nationaux, même si elle prend une forme démocratique dans la plupart des partis, reste un processus contrôlé par les élites politiques. Ils sont en effet le plus souvent déterminés en fonction d'objectifs électoraux : thèmes porteurs du moment, alliances, marketing politique, consolidation de l'électorat, etc. Au final le citoyen non militant se voit proposé un choix entre plusieurs programmes auxquels il n'a pas participé sinon indirectement via la dictature sondagière, et dans lequel il ne retrouvera pas forcément ses préoccupations, qu'elles soient personnelles ou générales. Les programmes semblent être moins conçus pour résoudre les problèmes concrets du pays que pour consolider un socle électoral, d'où le cortège de démagogie, de populisme, de surenchère, d'incohérence et d'irréalisme qui les caractérisent trop souvent. Sans compter la proximité étonnante entre les programmes de certains partis, surtout à gauche, qui devrait logiquement les amener à s'allier et qui au contraire les amène à se concurrencer. Cet état de fait participe chez le citoyen d'un sentiment de déconnexion de la réalité des élites et du caractère secondaire de ces programmes sur les aspects personnels et partisans. Bonnet blanc et blanc bonnet, ainsi disparait la force de la parole politique.

Ces réflexions personnelles m'ont amenées à m'interroger sur la possibilité d'élaborer un programme politique nationale de façon décentralisée, au-delà des clivages souvent artificiels. Cette approche me semble apporter une solution pertinente tant à la personnalisation excessive du débat politique qu'à la pauvreté des confrontations partisanes. Un programme élaboré par des citoyens-internautes sans arrière-pensée ni ambition personnelle permettra de recentrer ce débat sur les confrontations d'idées, afin de proposer une alternative solide et cohérente à la politique menée par Nicolas Sarkozy et sa majorité, en ôtant à ceux-ci l'avantage du terrain personnel et partisan qui forme l'essentiel de leur communication. On ne pourra pas discréditer le programme en discréditant la personne qui le porte, si ce programme est le fruit d'un travail collectif décentralisé émanant des citoyens.

C'est ainsi que je considère ce site comme une réponse concrète à l'initiative du No Sarkozy Day, qui pour sincère qu'elle fut n'est que la continuation de la personnalisation excessive du débat pourtant dénoncée et rejetée par certains de ses partisans. Dont certains se fourvoieront dans des équations personnelles simplistes, identifiant les opposants à cette initiative à des partisans présumés de Nicolas Sarkozy, bref à des adversaires. Il est temps de mettre un terme à ces divisions dont se délectent nos vrais adversaires, d'autant plus sûrs de leur victoire en 2012 que l'opposition est désorganisée et perdue dans des conflits stériles. Place au pragmatisme.

De nombreux outils collaboratifs existent pour construire un tel site, et si j'ai choisi la forme du Wiki, c'est tout d'abord parce que le succès de sites comme Wikipedia en font un outil connu de la plupart des internautes. Et contrairement aux forums ou aux blogs, trop hiérarchisés, elle permet une écriture déstructurée et un maillage des textes à tous les niveaux par hyperliens, tout en permettant une forme plus linéaire de discussion par un système de commentaires. Le présent site utilise le logiciel libre DokuWiki, gracieusement hébergé par l'ami Dagrouik que je remercie et salue chaleureusement (visitez son site intox2007, c'est une mine d'information). Le choix de ce logiciel nous garantit une maitrise totale des données, stockées dans de simples fichiers textes et non une base de données comme la plupart de ses concurrents, ce qui nous garantit des possibilités d'exportation et de sauvegarde sans verrouillage et limite les risques de corruption. Au contraire de sites comme Facebook dont les politiques en termes d'exportation et d'appropriation des données ou de respect de la vie privée sont inacceptables. Le maître mot de ce site sera l'égalité : à l'exception des administrateurs, tous les utilisateurs auront les mêmes droits en échange d'un simple enregistrement par pseudonyme. Plus encore, l’usage du pseudonyme sera privilégié sur la forme nominative comme preuve de l’absence d’enjeu personnel. La liberté d'expression sera totale dans le respect de la loi, et rendue possible par la gestion d'historique qui nous protègera de tout acte de vandalisme. Aucun contrôle éditorial ni censure ne sera exercé, et les interventions majeurs se limiteront à la structure des textes et à la mise en page. Le contenu collaboratif sera protégé par une licence Creative Commons permettant le travail dérivé mais prohibant toute utilisation commerciale, garantissant ainsi la propriété collective de l'ensemble.

 

C'est désormais à vous, à nous, d'agir et de proposer. Deux ans c'est court.

 

El Fredo

 

Unité 2012 : Haters gonna hate

Je relaie ici l'appel à l'unité de la gauche lancé par un collectif de blogueurs, que j'approuve et que je soutiens car je défends cette idée depuis de nombreuses années. Haters gonna hate mais on s'en fout. #unite2012

 

 

LETTRE OUVERTE D’UN ÉLECTEUR À TOUS CEUX QUI FONT DE LA POLITIQUE À GAUCHE

Pour faire avancer l’unité à gauche, faites comme nous : copiez, collez et personnalisez cette lettre ouverte, puis envoyez-la vite aux responsables politiques de gauche que vous connaissez. Et faites tourner !


Le Kremlin-Bicêtre, mai 2011

Chers camarades,

Comme disent les Chinois, il est des coups de massue qui rendent lucides : si la gauche veut remporter l’élection présidentielle de 2012, elle devra aller unie au combat dès le premier tour.

Imaginer que tel ou tel candidat ou candidate évitera la dispersion des voix à gauche entre vos différents partis, provoquera le réflexe d’un vote « utile », est un pari dangereux, une illusion entretenue par des sondages dont on connaît la volatilité… et la fiabilité.

Enterrer Nicolas Sarkozy trop vite est tout aussi illusoire. C’est un redoutable adversaire en campagne électorale, chacun le sait. C’est un des rares domaines où sa compétence n’a pas encore été mise en doute.

Mais surtout, Marine Le Pen sera vraisemblablement au second tour, nul besoin de sondages pour le craindre.

L’élection présidentielle de 2012 se gagnera donc au premier tour. Autrement dit, celui des deux candidats, de gauche ou de droite, qui aura le plus rassemblé son camp avant le scrutin présidentiel aura de fortes chances de l’emporter, soit parce qu’il sera face à Marine Le Pen, scénario hélas le plus probable, soit parce qu’il aura obtenu un score élevé au premier tour et aura donc créé une dynamique suffisante pour gagner le second.

C’est le bête et implacable raisonnement arithmétique qu’impose notre scrutin majoritaire à deux tours. On peut regretter qu’il en soit ainsi, qu’il ne nous soit plus permis de faire un « choix de coeur » au premier tour. Mais c’est comme ça.

Cette réalité électorale doit conduire les politiques que vous êtes à agir en conséquence, c’est à dire à vous battre pour que ce soit bien le candidat de gauche qui rassemble le plus efficacement son camp dès le premier tour, et non celui de droite, Nicolas Sarkozy.

Inutile d’attendre le dernier moment pour bâcler un marchandage de circonstance, purement politicien, ou le programme et les idées passeront à la trappe. Inutile encore de compter sur un accord entre les deux tours, vite fait bien fait, entre les partis de gauche au cas où ce serait l’un des leurs qui accède au second tour. Dans le premier cas, face à Le Pen, pourquoi le candidat s’embarrasserait-il d’une négociation avec ses amis politiques alors qu’il est pratiquement certain d’être élu ? Dans le second cas, face à Sarkozy, redoutable candidat, le spectacle de chefs de partis de gauche se rabibochant opportunément après une campagne qui les aura durement opposés sera d’un effet déplorable et ne peut que favoriser le candidat de la droite.

Avez-vous le droit d’envisager cette défaite ? N’avez-vous pas, au nom de la confiance et des mandats que vous ont confié le peuple, des obligations, dont celle de gagner pour mettre un terme à la politique désastreuse menée par Nicolas Sarkozy ?

Chers camarades, il est temps d’atterrir. D’arrêter d’avancer en ordre dispersé, avec des candidatures tactiques, « providentielles » ou fantaisistes. Bref, il est temps de prendre la mesure de cette nouvelle donne électorale et d’en tirer les conséquences. Dès que possible, vos partis doivent travailler ensemble à une plateforme commune et à la désignation d’un candidat unique pour toute la gauche. Après tout, les primaires ont bien été imaginées pour cela, non ?

Rappelez-vous : n’avaient-elles pas vocation, à l’origine, à sortir des logiques partisanes en s’adressant à tous ceux qui « partagent les valeurs de la gauche », qu’ils soient roses, verts ou rouges ? Imaginez la dimension que prendraient ces primaires si elles mobilisaient tous les partis ! Elles donneraient un autre souffle à la campagne et un autre poids au candidat ainsi désigné. Et avouons-le, elles seraient sûrement prises beaucoup plus au sérieux qu’aujourd’hui.

Pour vous, responsables politiques, ce ne sera pas facile de dépasser les clivages et les rivalités d’appareils, on l’imagine. Certains d’entre vous ne souhaiteront peut-être pas monter dans le train de l’unité. Mais l’enjeu est à la hauteur de l’effort : pour que la gauche remporte ce scrutin présidentiel, l’unité et les concessions qu’elle implique, sont le prix à payer et, soyons plus positifs, le défi à relever.

D’ailleurs pensez-vous sérieusement qu’un programme qui rassemble tous les partis de gauche soit un défi aussi insurmontable ? Nous partageons tous un socle de valeurs communes : écologie, services publics, société solidaire, emploi pour tous, fiscalité redistributive, laïcité, régulation de la finance, éducation, innovation, recherche, et bien sûr, l’ambition d’une France forte, généreuse et influente sur la scène mondiale.

Chers camarades, quelle tâche plus stimulante qu’un programme unitaire pour ceux qui aiment la politique et veulent changer les choses ! Ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité. Les électeurs le sentent et multiplient les appels dans la presse et sur le Net. Nous sommes à un an de l’échéance, vous avez encore le temps de vous y mettre. N’attendez pas.

Un programme, un candidat… la victoire en 2012 !


Captainhaka : Le grumeau, Custin d’Astrée : 365 motsCycee : bahbycc, Dominique Darcy :dominiquedarcy, Eric Citoyen : Mon Mulhouse, Gaël : De tout et de rien, Jean-Claude : Slovar – Les nouvellesJean Renaud Roy @jr_royJuan : SarkoFranceJules Praxis : @jules_praxis, Le Coucou : Le coucou de ClaviersMelclalex : A Perdre la raisonMrsClooney : La femme de George (s) Nicolas :Partageons mon avis, Nicolas : La rénovitude, Nicolas Cadène : Débat socialiste, Rimbus : Rimbus le Blog, Romain Pigenel : VariaeRonald : Intox2007Jacques Rosselin : @rosselin, Seb Musset : Les jours et l’ennui de… , Stef : Une autre vie,  Sylvie Stefani : Trublyonne, Valérie de Saint-Do : Microcassandre, Vogelsong : Piratages, Yann Savidan Carnet de notes de…, Zeyesnidzeno : La France a peur


Pour faire avancer l’unité à gauche, faites comme nous : copiez, collez et personnalisez cette lettre ouverte, puis envoyez la vite aux responsables politiques de gauche que vous connaissez (députés, maires, sénateurs, responsables de parti, etc). N’hésitez pas à nous envoyer leur réponse. Vous pouvez pour commencer retrouver les mails de vos députés en cliquant ici. Et faites tourner !

Jean-FUD Copé

FUD, ça veut dire "Fear, Uncertainty and Doubt". C'est un terme d'origine américaine, qui si l'on en croit le "Jargon File" (sorte de dico du jargon informatique et de la sous-culture hacker) a été créé pour qualifier les tactiques de communication d'IBM consistant à jeter le doute sur les produits concurrents à coup d'arguments spécieux. Microsoft s'est notamment illustré dans ce registre au moment de la montée en force des logiciels libres et Open Source, en particulier le système Linux. Fiabilité, sécurité, confidentialité, coût, terrorisme, tout est bon à prendre.

FUD, c'est le premier mot qui m'est venu à l'esprit après avoir visionné cette interview de Jean-François Copé, AKA Jiefcé :

Jean-François Copé soupçonne les maires... by LCP

Beaucoup de Français m'écrivent à propos des primaires socialistes. En me disant voilà, j'ai eu le cas il n'y a pas très longtemps de quelqu'un qui me disais "voilà, je suis agent municipal, je travaille dans une ville tenue par la gauche, par un maire de gauche. J'ai appris qu'il y allait y avoir des primaires, il va donc y avoir des listes électorales, qu'est-ce qui va se passer pour moi si je ne vais pas voter pour les primaires socialistes". Parce que vous savez qu'il y a un émargement si on va voter. Et ce monsieur me dit "je ne suis ni de gauche ni de droite, je n'ai pas prévu je n'ai pas choisi pour qui j'allais voter l'année prochaine, mais je suis très inquiet pour moi parce que je vais forcément avoir des pressions de la part de mon maire ou de mon employeur, socialiste, si je ne vais pas me rendre à ces primaires.".

On appréciera au passage l'allusion à une probable omerta de la presse gauchiste, forcément gauchiste, qui pourrait, rendez-vous compte, ne pas relayer les élucubrations de notre très cher Jiefcé (ils sont partout). On sait d'ailleurs en quelle estime Jiefcé tient ses adversaires.

Moi j'ai envie d'écrire à mon ami Jiefcé pour lui dire ceci : "Voilà, je suis agent municipal, je travaille dans une ville tenue par la droite, par un maire de droite. J'ai appris qu'il y allait y avoir des primaires, il va donc y avoir des listes électorales, qu'est-ce qui va se passer pour moi si je vais voter pour les primaires socialistes". Parce que vous savez que pour voter aux primaires socialistes, il faut signer une charte d'adhésion aux valeurs de la gauche. "Je suis très inquiet pour moi parce que je vais forcément avoir des pressions de la part de mon maire ou de mon employeur, UMP, si je vais me rendre à ces primaires.".

J'aimerais simplement avoir l'avis de mon ami Jiefcé là-dessus. Parce que voyez-vous, ça m'intéresse carrément de savoir si l'on risque plus de pressions de la part d'une mairie de gauche en n'allant pas voter à la primaire du PS, que d'une mairie de droite en y allant.

(Sans oublier le fait qu'un employé municipal n'est pas nécessairement inscrit sur les listes électorales de son lieu de travail, il lui suffit d'habiter ailleurs. Mais au point où l'on en est, on ne va pas s'attacher à ce genre de détail).

Une chose est sûre, si l'UMP s'adonne désormais à ce type de tactique (le FUD, essayez de suivre un minimum bordel), c'est que les tactiques précédentes, comme constester la légalité de ces primaires (Jiefcé inside), ont échoué. Et donc que celles-ci ont toutes les chances d'être inattaquables sur ce point. Mais ça, Jiefcé doit le savoir, après tout il est avocat, nespa ?

Du sang sur mon clavier

Internet-revolution
(source)

On a tendance à présenter les événements historique qui secouent nos voisins d'outre-Méditerranée comme des "Révolutions Facebook", "Révolutions Twitter" et autre "Révolutions 2.0". C'est bien entendu un abus de langage : on ne renverse pas une dictature sanglante tranquillement assis en calbut, en tapotant sur son clavier d'une main, une part de pizza dans l'autre, tout en montant des barricades virtuelles pour boucher les boulevards de l'information ou assiéger le site Web du gouvernement. Un peu comme dans un RTS multijoueur, mais en vrai. Mais on aurait tort de minimiser le rôle des nouveaux outils de communication que sont les réseaux sociaux, ou plutôt les applications de réseautage social (le réseau social est ce qu'on construit avec, pas le site Web ou l'application qui permet de le faire).

Car même si en réalité ce sont les peuples, qui descendent dans la rue et essuient les tirs des serviteurs des régimes, qui accomplissent ces révolution IRL, ces applications fournissent un moyen de communication irremplaçable tant pour organiser l'insurrection que pour informer les populations. Il n'échappera à personne que les transmissions sont l'un des rouages essentiels de la guerre. Les évènements sont encore un peu trop frais pour analyser ce phénomène avec recul, mais il semble désormais évident que les réseaux sociaux ont joué un rôle essentiel dans ces mouvements populaires, tant dans leur organisation (des manifestations, entre autre) que dans la transmission en temps réel des informations sur la progression de l'insurrection d'une part et des réactions gouvernementales d'autre part. Des comités de quartier ont ainsi pu se mettre en place en Tunisie pour mettre fin au pillage organisé par les milices benalistes, et en Libye des informations transitant sur Twitter ont pu faire état de l'imminence de bombardements par l'aviation. 

Je pense que les historiens débattront encore longtemps de l'influence de ces outils technologiques, tant sur l'irruption spontanée de ces soulèvements que sur la vitesse à laquelle ils se sont propagés. Ce qui est sûr c'est que les dictateurs et leurs entourages, qui sont loin d'être des imbéciles (on ne dirige pas un pays d'une main de fer pendant des décennies sans un minimum d'intelligence), éclairés en cela par l'exemple tunisien, ont parfaitement compris le danger que représentaient les moyens de communication moderne, comme la téléphonie mobile ou l'Internet, au point de couper ou brouiller les communications dans des tentatives désespérées de saper la révolte.

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Le réseau est la somme de ses liens (source)

Or ces efforts sont désormais voués à l'échec : même si l'on coupe ponctuellement les moyens de communication, les réseaux subsistent dans la réalité, car ces outils ont profondément changé les rapports sociaux au sein des populations. Il est loin le temps ou notre réseau social se limitait à notre famille et nos voisins et où l'information centralisée était déversée verticalement par une télévision d'Etat. Aujourd'hui nos réseaux sociaux s'étendent à des centaines voire des milliers d'individus, les frontières et les distances sont abolies, et l'information circule horizontalement à une vitesse inatteignable par les médias traditionnels. Le téléphone arabe n'aura jamais aussi bien porté son nom. Des régions d'un même pays, dont les communications sont coupées entre elles, peuvent désormais communiquer en passant par l'extérieur via une cascade de retransmissions, empruntant des chemins aussi variés qu'improbables : téléphones mobiles, SMS, Facebook, Twitter, modems analogiques, satellite... 

L'Internet moderne, utopie libertaire d'une poignée de hackers barbus dans des labos de recherche américains, est devenu réalité. Issu de la guerre froide, réseau décentralisé conçu pour survivre à une attaque nucléaire massive, il permet désormais aux peuples de communiquer (certes avec difficultés) en échappant au contrôle et au sabotage gouvernemental. Ce qui fait la solidité d'un réseau, c'est la densité de son maillage, et aujourd'hui ce maillage est tellement dense et ses nœuds tellement décentralisés qu'il est désormais impossible d'empêcher l'information de circuler. Un peu comme la sève dans la feuille d'une plante évoluée : vous pouvez percer un trou en plein milieu, elle continuera d'irriguer le reste de la feuille.

Feuilles
Ginkgo et citronnier : la pyramide contre le réseau (source)

On le voit, les réseaux sociaux tissés à l'aide des outils de communication moderne ont joué un rôle essentiel dans les événements actuels, et les peuples arabes sont les premiers à le reconnaitre (un jeune papa Egyptien a prénommé sa fille Facebook pour célébrer le rôle qu'a joué le fameux site dans la révolution égyptienne), il ne s'agit donc pas d'une simple vue de l'esprit occidentale. Mais, et peut-être plus important encore, s'ils ont aidé les peuples à s'organiser pour renverser leurs régimes dictatoriaux, ils ont aussi permis de relier les peuples entre eux. De nombreuses informations ont ainsi transité via l'extérieur, d'abord grâce aux diasporas tunisiennes, égyptiennes ou autre, mais aussi grâce à des initiatives individuelles de simples citoyens occidentaux. On a ainsi vu le fournisseur d'accès Internet associatif français FDN fournir des lignes téléphoniques à destination des Egyptiens pour contourner la coupure de l'Internet local. Et même Google, le méchant Big Brother qui menace la démocratie, a fourni des services d'accès vocal à Twitter pour contourner le blocage de ce service pourtant concurrent. Tandis que les informations sont diffusées en temps réel à travers le monde entier par de simples internautes, transcendant les frontières culturelles ou linguistiques et prenant de vitesse les médias traditionnels, au point qu'ils n'en deviennent eux-mêmes que de simples relais, des live-tweets avec des images qui bougent. Je n'ai jamais eu autant conscience d'appartenir à la grande communauté des humains que ces dernières semaines. 

Ces évènements mettent en exergue la fracture qui existe entre les peuples et leurs élites, certes dans ces futures ex-dictatures, mais également dans nos démocraties occidentales. Le contraste est saisissant entre la solidarité exprimée et ressentie par les simples citoyens et la  veulerie, la lâcheté et la bêtise des dirigeants, notamment Européens. On est frappé de voir qu'il existe moins de différence entre les citoyens de ces différents pays, qu'on nous a présenté durant des années comme des ennemis à coup de rhétoriques nationalistes et de "chocs des civilisations", qu'avec leurs propres dirigeants (qui après coup donnent l'impression de tous faire partie de la même caste, qu'ils soient démocrates ou dictateurs). Et je sais que de l'autre côté de la Méditerranée les gens en sont également conscient, j'espère qu'ils pourront ainsi nous pardonner nos compromissions : il sont les mieux placés pour savoir que les peuples n'ont pas toujours les dirigeants qu'ils méritent.

Passons sur le silence gêné des "intellectuels". Tout comme l'information, la pensée "top-down" est morte, et les barons du prêt-à-penser sont désormais silencieux ou inaudibles. Benjamin Bayart a écrit : «l’imprimerie a permis au peuple de lire, Internet va lui permettre d’écrire».

(Je viens de réaliser que Bayart était aussi président de FDN. Coïncidence ? Je ne pense pas)

La diplomatie Européenne est à la ramasse, réduite à l'expression du strict minimum par la divergence des opinions nationales. L'Italie, complice objectif de Kadhafi pendant des années, s'inquiète d'un improbable "émirat islamique arabe à la frontière de l'Europe", reprenant ainsi la rhétorique usée du "rempart contre l'islamisme" qu'affectionnaient tant nos autocrates de voisins, et perpétuant des fantasmes faisandés. Et tandis qu'un peuple verse son sang pour sa liberté, la préoccupation première des dirigeants Européens semble être d'endiguer l'immigration. Il est vrai que Kadhafi savait à l'occasion jouer de cet arme du chantage à l'immigration clandestine, les Italiens en savent quelque chose. Le plus étonnant est que les déclarations les plus virulentes viennent des personnels diplomatiques Libyen, comme Ibrahim Dabbashi, ambassadeur adjoint de Libye à l'ONU, qui comme d'autres a démissionné pour protester contre la répression sanglante.

Quant à la France, patrie des droits de l'Homme, phare de la Démocratie et de la conscience des peuples, elle se joint à un communiqué mou du genou exhortant "toutes les parties à faire preuve de retenue". Après avoir armé un dictateur sanguinaire et terroriste, voici qu'on le supplie de retenir ses missiles quelques secondes de plus ? Encore une minute monsieur le bourreau. Peuple Libyen, la France est derrière vous : elle vous laisse quelques secondes de plus avant de vous faire littéralement tailler en pièces par ses Mirages F1. On reste sans voix devant une telle bêtise crasse. 

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Un roman d'amitié (source)

La diplomatie française est à l'image de ses dirigeants : dans le caniveau (*). Tel Patrick Ollier, alors président du groupe d'amitié France-Libye, qui critiqua violemment Rama Yade pour ses propos lors de la visite controversée du satrape en 2007. On sait maintenant quelles relations entretient Ollier avec la Libye, à l'image de sa compagne Michelle Alliot-Marie avec la Tunisie. Tel Boris Boillon, nouvelle star du Web et accessoirement ambassadeur en Tunisie, à qui il fallut arracher de la bouche l'aveu que Kadhafi fut un terroriste un jour, qui déclarât que Kadhafi "avait droit au (c)rachat" (malgré ses récidives). Tel Nicolas Sarkozy, oubliant ses promesses de campagne et ses postures droits-de-l'hommistes, déroulant le tapis rouge au ravisseur en échange de vagues promesses de contrats (centrales nucléaires "sûres", Rafales invendables). Car voyez-vous, Kadhafi a changé  (ça me rappelle quelqu'un, mais qui ?). Quand on sait ce qu'il advient quand on refuse au "fils de la tente" le droit de la déployer où bon lui semble, on a froid dans le dos, et les compromissions d'hier apparaissent comme des légèretés criminelles. On sent d'ailleurs une certaine gêne au plus haut niveau, le site Web de l'Elysée n'a-t-il pas fait disparaître toutes les photos et vidéos relatives à cette visite inoubliable ? Staline retouchait les photos, le stalinisme 2.0 de Sarkozy retouche les sites Web. Malheureusement pour eux, l'Internet a de la mémoire.

Les cinq membres permanents du Conseil de "Sécurité" de l'ONU sont accessoirement les cinq plus gros vendeurs d'armes au monde. Sécurité pour qui : pour les peuples ou pour les dictateurs ? La bonne nouvelle, c'est que Dassault peut désormais se brosser pour vendre ses Rafales aux Libyens : ceux-ci sauront se souvenir de l'efficacité de ses Mirages.

Dassault
(source)

(*) Saviez-vous que l'un des piliers de la diplomatie sarkozienne en Afrique subsaharienne était Patrick Balkany ? On n'a pas fini de rire d'avoir honte si d'aventure le vent de révolte se propage vers le sud.

 

Mise à jour 01/03/2011 : Lire également l'interview de Slim Amamou, AKA Slim404, le blogueur tunisien devenu Secrétaire d'Etat dans le gouvernement de transition.

Jean-François Copé : Génération FAIL

Jean-François Copé est de nos jours considéré comme l'étoile montante de la droite française (EMDLDF™). Un peu comme Nicolas Sarkozy était considéré comme l'EMDLDF™ sous Jacques Chirac. Ou comme Jacques Chirac était considéré comme l'EMDLDF™ sous Valérie Giscard d'Estaing. Ou comme... Bizarre cette tendance de la droite à trouver des hommes providentiels à chaque fois que le précédent a fait la preuve de son incompétence. Mais passons.

Il s'avère que Jean-François Copé (que nous désignerons désormais sous le sobriquet affectueux de Jiefcé), comme toutes les EMDLDF™, a l'ambition, sinon la prétention, de briguer l'Investiture Suprême en 2017. Et comme toute EMDLDF™ Briguant L'Investiture Suprême (EMDLDFBLIS™), Jiefcé dispose de son club de pom-pom girls personnel, baptisé Génération France. C'est marrant comme nom, Génération France, ça fait très quadra du RPR des années 80. Ah, Michel Noir, Alain Carignon, Charles Millon, Lucien le cheval, Teddy de Montréal, toute une époque... Mais passons.

Quadra

Génération France est de ces think tanks de droite où l'activité principale est la pratique du Brisage de Tabous (sport de gentlemen en attente d'homologation pour les Jeux Olympiques de Sotchi en 2014, où il devrait rejoindre le Brisage de Tchétchène parmi les nouvelles pratiques sportives à découvrir), car c'est bien connu Madame Chabot, le problème majeur de la France n'est ni le chômage ni le logement ni les inégalités, mais le poids des tabous, et notamment au sujet des 35 heures, mais aussi bien sûr tout ce qui concerne les 35 heures, sans oublier non plus les 35 heures [1]. Bizarre cette tendance de la droite à tout analyser au travers du prisme des 35 heures et du temps de travail en général, comme nous l'avons déjà vu en maintes occasions. Mais passons.

Pour ce qui est du Brisage de Tabous, Génération France semble d'ailleurs assez bien fourni puisqu'il compte en son sein, dans la catégorie "Jeunes Espoirs", un certain Tristan Maupoil dont nous vous avions naguère narré les exploits. Une carrière à suivre ce Maupoil, gageons qu'en 2017 il aura acquis suffisamment de stature pour briguer un poste de Secrétaire d'Etat à l'écologie urbaine ou aux logements sociaux, et peut-être qu'un jour deviendra-t-il à son tour, à l'instar de son mentor, une nouvelle EMDLDFBLIS™. Mais passons.

Gfrance
Génération France est donc un lieu autoproclamé "100% débat d'idées" (sans tabous). Parmi les débats proposés dès la page d'accueil figure en bonne position, je vous le donne en mille, les 35 heures. Cliquons avec un peu d'appréhension sur ce lien et nous obtenons deux articles intitulés respectivement "Pour un Mittelstand à la française" et "4 chantiers majeurs pour la politique industrielle française". Intéressons-nous au premier.

Le titre prometteur fleure bon le sabir techno-économique qui contribue tant à la réputation usurpée de la droite en matière de compétence économique. Car c'est bien connu, la gauche est fonctionnariophile et taxopathe tandis que la droite est rigoureuse et soucieuse des deniers publiques, comme le montre si bien le graphique ci-dessous. Ajoutons que Jiefcé est fort bien placé en la matière, étant le père d'une niche fiscale qui coûte plusieurs milliards d'euros par an au budget national alors qu'il était ministre du Budget, et à ce titre coresponsable de la situation budgétaire actuelle. Mais passons.

Le thème abordé confirme dès le titre le récent tropisme germanophile de la droite (notamment en matière fiscale). Il est en effet indispensable de copier le modèle allemand forcément supérieur au nôtre, quand bien même celui-ci ne fonctionnerait correctement que si aucun de ses partenaires économiques (et la France en premier lieu) n'appliquait le même. Mais passons.

Ca commence à faire beaucoup de choses qu'on a laissé passer jusqu'à présent. Rassurez-vous, ça va changer, car l'article démarre en fanfare. En effet, passée l'introduction, la première section annonce la couleur :

1. Le déficit commercial français, apparu en 1999 avec la mise en place des 35 heures, contribue aujourd’hui négativement à la croissance et détruit des emplois

Historiquement, l’excédent français, élevé pendant les années 1980 et 1990, disparaît en 1999.

L'auteur, que le Brisage de Tabou n'effraie aucunement, attribue donc de façon inattendue "le déficit commercial français, apparu en 1999", aux 35 heures. Avouez que vous ne l'avez pas vue venir, celle-là. On n'avait pas vu une telle audace depuis la débâcle de 1940, dont la responsabilité fut attribuée au Front Populaire et à la semaine de 40 heures. On sent qu'on est en présence d'un Briseur de Tabous de gros niveau, un David Douillet du débat d'idées.

Ce genre de baratin aurait toutes les chances de passer inaperçu s'il avait été adressé à un parterre de journalistes ou de proto-winners d'école de commerce, d'autant plus s'il est asséné avec l'aplomb d'un vendeur d'assurances. Il est en effet bien connu que les journalistes français, peu enclins au fact-checking, laissent leurs interlocuteurs débiter des monceaux d'âneries sans jamais les contredire. Mais ici tu es sur un blog gauchiste, coco, alors tu va manger ton ratelier. THIS IS GAUCHOSPHEEEEEEERE!

Che_sparta
Comme tous les enfants des 70's, j'ai en effet en mémoire les lamentations perpétuelles des politiques au JT de 20 heures sur le déficit commercial chronique des années 1980, alors entendre un économiste autoproclamé affirmer que "l'exédent français" était "élevé pendant les années 1980", je ne sais pas vous, mais moi ça me démange les doigts sur mon clavier. De même qu'entendre que la France aurait connu des déficits à partir de 1999, époque pas si lointaine. Parce que voyez-vous, si le gouvernement Jospin avait connu des déficits commerciaux, la droite de l'époque ne se serait pas privée de le faire remarquer, voyez-vous. Au lieu de quoi nous avons des pseudo-experts qui nous expliquent doctement que Jospin et sa clique de socialo-communistes a tout simplement eu un bol de cocu en bénéficiant de conditions économiques exceptionnelles (quand bien même les performances économiques de la France furent supérieures à la moyenne de nos voisins, pourtant soumis aux mêmes conditions). C'est bien connu : quand la gauche a de bons résultats c'est grâce à la conjoncture, et quand elle a de mauvais résultats c'est à cause de sa politique. Et inversement pour la droite.

Bon, on a dit fact-checking, alors fact-checkons. Voici la courbe du commerce extérieur français depuis 1978 (trouvée sur Wikipedia à partir de données INSEE, mais n'importe quelle source économique fiable le confirmera):

Qu'y voit-on ? Tout d'abord que le déficit extérieur de la France dans les années 1980 a été globalement négatif (avec un passage positif entre 1983 et 1986, c'est-à-dire sous la gauche). Celui-ci n'est ensuite redevenu positif qu'en 1992, pour culminer en 1997 autour de 2,6% du PIB en données trimestrielles. Passé ce pic, il suit une tendance baissière jusqu'en 2000. La période 2000-2003 est relativement stable avec des oscillations autour de 1%. Et c'est à partir de 2004 (c'est-à-dire sous la droite) qu'il entame sa chute inexorable jusqu'à aujourd'hui, atteignant -2% en 2008. En 1999, il ne se passe ... rien, comme dirait Louis XVI.

Autrement dit, le passage suivant, qui ouvre l'article de Génération France :

1. Le déficit commercial français, apparu en 1999 avec la mise en place des 35 heures, contribue aujourd’hui négativement à la croissance et détruit des emplois

Historiquement, l’excédent français, élevé pendant les années 1980 et 1990, disparaît en 1999.

Et bien ce passage est non seulement totalement faux mais constitue de plus une tentative grossière de réécriture de l'histoire à des fins idéologiques. Il tente d'associer deux évènements totalement décorrélés, à savoir la réforme des 35 heures et le déficit commercial. Un peu comme si un pseudo-spécialiste des technologies de l'information attribuait la création du World Wide Web en 1991 à la chute du Mur de Berlin en 1989. Après une telle preuve de malhonnêteté intellectuelle on a ensuite énormément de mal à prendre au sérieux, et le reste de l'article, et le reste du site Génération France, et notre ami Jiefcé, quand bien même on serait naturellement réceptif au Brisage de Tabous et au "débat d'idées sans langue de bois". Espérons qu'un journaliste vigilant saura remettre à sa place le cuistre la prochaine fois qu'il voudra ressortir cette intox, mais j'ai peu d'espoir.

On le voit, la droite a beau vouloir paraître moderne avec de beaux discours sur le "débat d'idée sans tabous", elle finit toujours par retomber dans ses vieux travers et s'en remettre à la bonne vieille technique du bourrage de mou et de l'argument d'autorité. Jiefcé et Génération France, c'est comment faire du neuf avec du vieux et coller dessus l'étiquette "moderne". Un peu comme du marketing régressif avec les bonbecs de notre jeunesse, sauf qu'ici le bonbec a un vieux goût de moisi.

Donc pour le bien de tous, il vaudrait mieux ne pas laisser passer Jiefcé en 2017, sinon on risque de le sentir passer. C'est toujours touchant de voir un fils suivre les traces de son père, sauf quand celui-ci est proctologue et que la patiente s'appelle Marianne. 

[1] Ainsi que les 35 heures, mais nous ne voulons pas donner l'impression de nous répéter. Et je pense qu'au sujet des 35 heures il y aurait aussi beaucoup à dire.

Observatoire des Mensonges de la Gauche : quand troll, mensonge et obscénité font office de communication politique

Si vous avez suivi un tant soit peu le cirque grotesque qu'est devenu le paysage politique français ces dernières années, vous connaissez certainement les Jeunes Populaires. Les Jeunes Pop's, comme ils se surnomment, sont le mouvement de la jeunesse UMP, sorte de fan-club sarkozyste dont les membres se caractérisent, outre leur mêche qui vole au vent, par une culture politique et une puissance argumentaire dignes de celles d'un supporter du PSG un soir de match après sa cinquième 8.6.

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Le Jeune Pop' vit dans une réalité alternative orwellienne où le président est soutenu par une majorité silencieuse, où le gouvernement travaille tandis que l'opposition qui n'a pas d'idée se vautre dans un antisarkozysme primaire, où la gauche est du côté des délinquants tandis que la droite est du côté des victimes, où le PS est disqualifié pour donner des leçons vu qu'il a sur la conscience les 100 millions de morts du mitterrandisme et les 35-heures-qui-ruinent-la-France et poussent les courageux entrepreneurs à délocaliser en Allemagne, où les journalistes sont des trotsko-fascistes adeptes de la chasse à l'homme qui rappelle Les Heures Les Plus Sombres De Notre Histoire (LHLPSDNH™), et par dessus tout, où le ridicule ne tue pas. 

Les Jeunes Pop's comptent en leur sein un certain nombre de spécimens intéressants pour tout passionné d'anthropologie, comme par exemple Tristan Maupoil, jeune membre de Génération France (copéistes canal historique), rendu célèbre sur Twitter pour son action en faveur de la sauvegarde des arbres du 16e Arrondissement de Paris, ses propositions sur le mal-logement et sa passion pour les séries US. Mais leur chef entre tous, c'est Benjamin Lancar. Il est le maître. c'est lui qui commande, c'est lui qui décide. C'est le boss ! le grand manitou ! Le singe ! Le gros bonnet ! la vedette ! Le cerveau !

Benjamin Lancar est ce qu'on pourrait appeler un adepte du bad buzz. Elu puis réélu à la tête des jeunesses sarkozystes aux termes de scrutins qu'on pourrait qualifier de soviétiques sans tordre le cou à la réalité, c'est lui le roi de la com' à l'origine du fameux "Lip-dub" foireux de l'UMP, source illimitée de LULZ où l'on peut entre autre admirer Frédéric Lefebvre former un petit coeur avec ses doigts, comme c'est kromeugnon. Pour Benjamin Lancar, incarnation du troll en politique, peu importe le ridicule de ses sorties et événements médiatiques pourvu qu'on en parle. Bad publicity is still publicity. Parmi les suce-boules officiels du pouvoir, Lancar a trouvé son créneau (sa niche, diront les mauvaises langues) : porte-voix de son maître, là où un Brice Hortefeux répète ce que dit Sarkozy mais en plus gras, Benjamin Lancar répète ce que dit Sarkozy mais en plus con. Au point de susciter la consternation jusque dans son propre camp lorsqu'il loue la politique de Pierre Laval dans les années 1930 (alors qu'en réalité elle a été désastreuse).

Il y a quelques mois, conscients d'être à la ramasse sur l'Internet face à ce qu'ils désignent par la "gauchosphère", Lancar et ses joyeux compagnons de la iForce (la Team Internet des Jeunes Pop's) lancent l' "iRiposte". Consigne est donnée d'investir les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, et de traquer le gauchiste jusque dans les chiottes dans les moindres recoins de la Websphère française . Le problème, c'est que le Jeune Pop', à l'image de leur parti de vieux croulants moisis, a un cerveau de vieux dans un corps de jeune. Du coup le résultat, loin de renforcer la présence uhèmepique sur la toile, renforce surtout l'impression de ridicule qui entoure leur image. On peut citer par exemple le fameux compte Twitter GauchoLol, qui se pique d'être l'équivalent à droite des légendaires LOLectifs (courtesy of Diego-san) Brave Patrie et Humour de Droite. Malheureusement pour eux, Il semblerait que l'humour ne soit pas leur fort tant leurs tweets donnent l'impression d'avoir été rédigés par un conclave de mormons dépressifs sous Lexomil.

Il y a quelques semaines, après une campagne de teasing digne des plus grands blockbusters US, la iRiposte a dégainé sa nouvelle arme contre le gauchisme qui gangrène l'Internet : l'Observatoire des Mensonges de la Gauche, OMG en abrégé, clin d'oeil revendiqué à la fameuse expression anglophone "Oh My God" (la question de savoir si c'est un bon présage ou non est laissée à l'appréciation des lecteurs). Après le gaufrage en fanfare du site des Créateurs de Possible (1000 SMICs partis en fumée pour un site à l'aspect social très restreint), l'UMP prouve une nouvelle fois avec ce site qu'elle est totalement à l'ouest pour tout ce qui concerne les nouvelles technologies et notamment les réseaux sociaux. Mais bon, le social de toute façon c'est un truc de gaucho. Plus sérieusement, ceci n'est que le simple reflet de leur modèle traditionnellement pyramidal.

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Première impression : la charte graphique, certes soignée, arbore fièrement un logo "faucille et marteau" qui pue la naphtaline, jouxtant l'ancien logo du PS (le Jeune Pop' est bleeding edge), le tout dans un style très propagande soviétique de la grande époque stalinienne, avec une forte dominante rouge (forcément). Tout ça fleure bon la subtilité (sans parler de l'inculture, mais ça on le savait déjà). Un peu comme si un site anti-UMP était couvert d'images pieuses et de fleurs de lys.

La page de garde arbore un certain nombre d'encarts associant photo d'illustration et extrait de texte, le tout couvrant un certain nombre de thèmes de prédilection : 35 heures, sécurité, bouclier fiscal, etc. Le menu principal comporte en tout et pour tout quatre liens : "Accueil", "Contact", "Militer", "Riposter !".

Le lien "Contact" est comme son nom l'indique un formulaire de contact tout ce qu'il y a de plus banal. Le lien "Militer" permet de télécharger des tracts PDF particulièrement illisibles sur des sujets ciblés, à distribuer à la sortie des lycées : on a encore une fois droit au thème soviétique avec faucille et marteau et police pseudo cyrillique, assez pénible à lire, et par dessus tout en couleurs pleines. Le genre de truc qui coûte un bras à imprimer, mais comme le Jeune Pop est un winner, il a largement les moyens de se payer des cartouches d'encre.

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Le lien "Riposter !" sonne comme une promesse. Il s'avère être en fait une banale copie du formulaire de contact, dédiée exclusivement à la dénonciation d'un Mensongedelagauche. Bref, une fonctionnalité parfaitement redondante.

Les mentions de bas de page indiquent que le site est "Déployé avec Wordpress", célèbre CMS qui sert notamment à moult plateformes de blogs. On se prend à rêver. Le réveil est difficile : hormis les deux formulaires de contact susmentionnés, aucune possibilité d'interaction n'existe sur ce site. En effet les commentaires sont totalement désactivés, si bien qu'il n'existe aucun moyen pour les visiteurs de donner son avis sur les différents sujets abordés. C'est d'autant plus étonnant que WordPress gère sans problème cette fonctionnalité. Sa désactivation est donc volontaire à défaut d'être réfléchie (quoique). On trouve enfin en bas de chaque page une série de boutons pour partager l'article par l'intermédiaire de différentes plateformes sociales, comme Twitter ou Facebook. Summum du ridicule, un bouton permet même de s'abonner au flux RSS ... des commentaires de l'article ! Il faudrait que les webmasters de l'UMP réalisent un jour que l'esprit Web 2.0 ne se résume pas à quelques animations à la con, des ombres portées et des boutons arrondis.

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On le voit, ce qu'on attend du visiteur de ce site est à l'image de la communication des Jeunes Pop's : propager sans réfléchir des informations prémâchées par la hiérarchie du Parti. On veut du robot décérébré qui "like" du lien en série sans s'intéresser au contenu, encore moins à sa véracité. De la propagande politicarde dans ce qu'il y a de pire, le tout emballé dans un Web 0.2 indigent. Les statistiques de recommandation affichent d'ailleurs des scores pitoyables, de zéro à quelques dizaines, quand le moindre groupe Facebook sur la réhabilitation du macramé en milieu rural en récolte des centaines. D'autant plus grotesque que la iForce est censée compter "une cinquantaine de militants à travers la France", et n'est donc pas foutue de "liker" ses propres contenus.

La communication sociale est à l'avenant : le hashtag #OMGauche utilisé sur Twitter, qui sert à l'annonce et à la propagation virale des nouveaux articles, comporte une majorité de messages sarcastiques, et la iForce pousse même le vice jusqu'à s'auto-retweeter en cascade. Un site parodique totalise même beaucoup plus de connexion que le site original, grâce à un meilleur référencement sur les moteurs de recherche.

Maintenant qu'on a vu la forme, intéressons-nous au fond. Et c'est à l'avenant : chaque article commence en général par un chapeau (sur fond rose, forcément) constitué d'une citation d'un responsable de gauche (en général hors contexte), suivi d'un contre-argumentaire (sur fond bleu, forcément) avec moult chiffres et données, le tout sans la moindre source ou le moindre lien permettant de vérifier les informations de façon indépendante. En règle général, l'iForce semble ignorer qu'il existe un truc nommé "lien hypertexte", qui dans son incarnation actuelle date d'à peine vingt ans cette année. Le présent article comporte d'ailleurs plus de liens que tout le site OMG. Ajouté à l'absence de possibilité de commentaires, l'impression "Web 0.2" se confirme. Le pire est que les argumentaires sont truffés d'erreurs et de contre-vérités, quand ils ne présentent pas comme des mensonges ce qui ne sont que de simples opinions, et qu'il est impossible au lecteur (fut-il lui-même militant UMP) de signaler la moindre erreur ou d'exprimer son avis. Soit tu aimes et tu partages aveuglément, soit tu fermes ta gueule. Benjamin Lancar ne déclarait-il pas qu'en matière de sécurité la gauche n'a qu'un seul droit et un seul devoir, celui de se taire ? Le voici le débat démocratique à la sauce UMP.

Tout ceci n'aurait dû susciter que mépris et moqueries, si le site n'avait récemment franchi la ligne jaune, et c'est ce qui m'a poussé à écrire le présent article. Je me bornais jusqu'à présent à me moquer joyeusement des bouffonneries des Jeunes Pop's en enchaînant les RT sarcastiques sur Twitter avec mes Kamarades gauchistes. Et croyez-moi, j'ai franchement mieux à faire de mon temps libre que d'analyser les dernières pignolades d'une bande de bouffons pathétiques. Mais l'article sur "L'affaire Laetitia" a tout simplement dépassé les bornes de la décence, en instrumentalisant un fait divers tragique à des fins de basse propagande politique mensongère (pléonasme quand il s'agit de l'UMP).

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L'article en question commence par une citation hors contexte et non sourcée d'Eva Joly :

Eva Joly a déclaré que la justice française est l’une des plus mal loties (financièrement) en Europe dans sa réaction à la disparition de Laetitia.

Ce qui soit dit en passant est quelque chose de connu depuis de très nombreuses années. Le contre-argument jeunepopesque réfute d'emblée cette affirmation :

- Avec un budget de 5,02 milliards d’euros en 2006 consacré à la justice (source Ministère de la Justice), la France avait un bon classement en terme de moyens (3e rang européen).

Or cette affirmation est une contre-vérité manifeste. Ce chiffre concerne en effet le budget global de la justice. Or, rapporté au budget par habitant, la France atteint en 2006 le rang peu enviable de 27e sur 47 ! Contrairement aux responsables du site qui sont trop feignants ou trop malhonnêtes pour le faire, je vous ai mis les liens :

Avec un budget de 3,35 milliards d'euros en 2006 (année de référence) consacré à la justice, la France est plutôt bien placée, accèdant au troisième rang.

Mais, rapportée à sa population, elle n'est qu'à la 27e place sur quarante-sept.

La France dépense deux fois moins d'argent par habitant pour la justice que l'Allemagne et un tiers de moins que l'Italie.

Le chiffre français progresse sur deux ans de 51 à 53 €, mais la progression est plus lente qu'en Angleterre (+ 19 €), Belgique (+ 14) ou Espagne (+ 10).

La France chute même au 35e rang européen lorsque l'on rapporte ce budget à la richesse nationale : 0,19 % du Produit intérieur brut (PIB) par habitant. Derrière l'Arménie, la Moldavie ou la Roumanie.

Elle est au 35e rang pour le nombre de juges par habitant et au 39e rang pour les effectifs de personnels de justice.

Avec 1,2 tribunal pour 100 000 habitants, la France reste dans le bas du tableau, derrière la Turquie, l'Espagne ou le Portugal, mais devant le Royaume-Uni.

Le ministère de la Justice estime qu'il est difficile de comparer des systèmes judiciaires totalement différents, et met en doute la pertinence de ce classement.

(On passera sur la différence entre les chiffres des budgets, vu que le site OMG n'est pas foutu de citer correctement ses sources).

Un classement dont la pertinence est contestée par le ministère de la justice redevient donc parfaitement recevable dès lors qu'il s'agit de dénoncer un "mensonge" de la gauche, et ce de la façon la plus malhonnête. Rien de nouveau sous le soleil de la politique, sauf qu'ici on instrumentalise le calvaire d'une jeune fille à des fins de petite polémique politicienne en tordant le cou à la réalité. On devine qu'au travers de cet article mensonger c'est encore une fois la justice qu'on accuse d'être aux mains de juges rouges et politisés qui sapent le travail de la majorité, puisque le sous-financement de la justice n'est pas remis en cause. Ce comportement obscène est bien à l'image de cette majorité qui depuis près de 9 ans saute sur le moindre fait divers pour pondre à la chaîne des lois sécuritaires. Et à titre personnel je dois dire que tout cela me fait gerber.

Mais comment s'attendre à mieux de la part d'un enfant sauvage de la politique qui, à l'instar de son compère Frédéric Lefebvre, lâche des caisses en public, chie sur la table et se torche ensuite avec les serviettes ? Le plus inquiétant est que ce genre d'individu méprisable, inculte et prêt à tout puisse tout de même accéder à des responsabilités politiques. Rappelons qu'outre la présidence des Jeunes Populaires, Benjamin Lancar est Conseiller Régional d'Ile-de-France. Elu lors d'un scrutin de liste, car fort heureusement de petits apparatchiks comme lui sont parfaitement incapables de se faire élire sur leur nom propre à un scrutin direct tant leur réputation est exécrable même au sein de leur propre électorat.

Il arrive un moment où l'on n'a plus envie de rire et où l'on se prend à espérer qu'un responsable de l'UMP siffle enfin la fin de la récré.

Les 35h et la Réaction

J'ai failli rendre mon petit déjeuner sur mon volant ce matin en écoutant François d'Orcival sur France Info. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore (les veinards), François d'Orcival, ancien militant d'extrême-droite, éditorialiste au très droitier hebdomadaire Valeurs Actuelles, est de ces réactionnaires moisis atteints par le cancer néolibéral, pour qui les français sont des fainéants qui ne veulent pas travailler plus pour gagner plus, et pour qui tous les problème que connaît Notre Beau Pays depuis une quarantaine d'années ont été causés par les politiques socialistes (cryptomarxistes et archaïques, forcément archaïques) qui se sont succédées, en premier lieu les 35h, engeance du démon par la faute desquelles les pauvres patrons français sont obligés de délocaliser en Allemagne Chine, car comprenez-vous Madame Chabot, un ouvrier Chinois est parfaitement heureux avec 10% du SMIC.

En réalité, derrière un discours d'une prétendue modernité (tour d'illusionniste permis par la novlangue du néolibéralisme théocratique) se cache la Réaction avec un R majuscule, celle qui caractérise l'élite économique française depuis des siècles, depuis le Medef, en passant par Vichy, le Comité des Forges et la Restauration. La filiation intellectuelle médéfique avec cette clique est flagrante tant elle se caractérise par la répétition ad nauseam des mêmes antiennes éculées sur le coût et la durée du travail. Ainsi quand le Front Populaire eut l'outrecuidance de réduire la semaine de travail de 48h à 40h, le Patronat de Droit Divin n'eut de cesse de critiquer cette mesure en la désignant comme la "semaine des deux dimanches". Une fois revenue au pouvoir à la faveur de la débâcle de 1940, la Réaction s'empressa bien entendu d'attribuer l'échec militaire de la France au Front Populaire en général et à cette mesure en particulier. Il semble même que cette idée soit si profondément ancrée dans l'esprit des Réactionnaires qu'elle est parvenue jusqu'à nous, voici ce qu'écrivait ainsi un certain d'Orcival François dans son éditorial du 13 mai 2010 :

http://www.valeursactuelles.com/histoire/actualit%C3%A9s/vieille-blessure-de-juin-4020100513.html

Ne peut-on pas soutenir que l’impuissance du régime se combina avec l’incapacité du commandement ? La semaine des 40 heures n’est pas pour rien, pour ne prendre que cet exemple, dans la faiblesse de la production des armements face à l’Allemagne. Comment s’étonner que la droite de l’époque ait mis en cause la politique du Front populaire de la majorité issue des élections de 1936 ? La gauche s’est vengée en la marquant au fer de Vichy. Parler de travail, de famille et de patrie réveille aussitôt les fantômes de la collaboration avec l’ennemi. La gauche serait-elle exonérée de toute responsabilité dans la préparation du désastre ? On sait bien que non.

Hier responsable de la défaite de la France en 1940, le gauchisme archaïque qu'incarne le PS est aujourd'hui responsable du déclin de la France dans le contexte de la guerre économique.

Pour convaincre son auditoire de la nécessité vitale d'abolir cette abomination que sont les 35h, la Réaction ne recule bien entendu devant aucun moyen : mensonges, incohérences, revirement. Ainsi les 35h coûtent plusieurs milliards par an au budget de l'Etat en exonérations de "charges" et autres défiscalisations des heures supplémentaires. Sauf que c'est la majorité actuelle, qui a le soutien indéfectible de la Réaction depuis sa victoire sur les forces du Mordor la Gauche Plurielle en 2002, qui a fait voter l'essentiel de ces mesures pour "détricoter" les 35h (selon l'expression consacrée pas du tout cliché). Ainsi c'est en France qu'on travaillerait le moins en Europe, voire dans le monde et même dans le reste de l'univers. Sauf que la durée moyenne effective du travail (chiffres 2007 OCDE) est en France (1559h) supérieure à celle de la si exemplaire Allemagne (1433h), et dans la moyenne des pays de l'UE. On constate d'ailleurs que ce sont les pays les plus pauvres où l'on travaille le plus, ce qui va dans le sens de la remarque de l'économiste Thomas Piketty durant la campagne de 2007, selon laquelle l'augmentation de la durée de travail était une stratégie de pays pauvre pour compenser une moindre productivité horaire.

Dans les faits il n'existe absolument aucune étude macroéconomique liant croissance du PIB, taux de chômage et durée légale du temps de travail. Car ici on parle bien de la durée légale, pas de la durée effective : cette dernière est en réalité proche des 40h bon an mal an, et toujours dans la moyenne européenne et supérieure à celle de l'Allemagne (ce modèle économique parfait dont nous devons désormais copier la fiscalité pourtant parfaitement incompréhensible). En pratique nos voisins Allemands ont pratiquement toujours eu un modèle social plus avancé que le nôtre (ce sont les inventeurs de l'Etat-Providence moderne depuis l'époque bismarckienne). Et l'offensive sur les 35h vise en réalité à réduire le coût des heures supplémentaires et par là même le salaire des Français, en les faisant cocus deux fois : une première lors du gel temporaire des salaires à la mise en place des 35h, une seconde avec une baisse sournoise de leurs revenus (et une augmentation concomitante de leurs impôts, les heures supplémentaires étant défiscalisées) dans le cas d'un retour aux 39h.

Ce mensonge sur les 35h est de même nature que celui subi durant la mise en place de la "réforme" des retraites : on a réussi à faire croire au monde entier que les Français partaient à la retraite à 60 ans, alors que c'est seulement l'âge de l'ouverture des droits et que l'âge effectif de départ est plus tardif (et là encore proche de la moyenne), tout en occultant le fait que la durée de cotisation obligatoire était parmi les plus longues en Europe..

Au fond ni le discours ni les méthodes de la Réaction n'ont jamais vraiment changé depuis des décennies voire des siècles, ce qui les rend d'autant plus faciles à confondre. Réactionnaire un jour, Réactionnaire toujours. Reste à savoir si cette offensive sur les 35h, à gauche comme à droite, aboutira sur quoi que ce soit de concret ou si l'on en restera au stade des slogans creux (après tout la campagne présidentielle approche), car il semblerait que cette fois-ci le Medef hésiterait à sacrifier ses avantages acquis, contreparties des 35h, pour un gain plus qu'hypothétique. Qui a dit que l'assistanat était l'apanage des gauchistes ?