Si vous avez suivi un tant soit peu le cirque grotesque qu'est devenu le paysage politique français ces dernières années, vous connaissez certainement les Jeunes Populaires. Les Jeunes Pop's, comme ils se surnomment, sont le mouvement de la jeunesse UMP, sorte de fan-club sarkozyste dont les membres se caractérisent, outre leur mêche qui vole au vent, par une culture politique et une puissance argumentaire dignes de celles d'un supporter du PSG un soir de match après sa cinquième 8.6.
Le Jeune Pop' vit dans une réalité alternative orwellienne où le président est soutenu par une majorité silencieuse, où le gouvernement travaille tandis que l'opposition qui n'a pas d'idée se vautre dans un antisarkozysme primaire, où la gauche est du côté des délinquants tandis que la droite est du côté des victimes, où le PS est disqualifié pour donner des leçons vu qu'il a sur la conscience les 100 millions de morts du mitterrandisme et les 35-heures-qui-ruinent-la-France et poussent les courageux entrepreneurs à délocaliser en Allemagne, où les journalistes sont des trotsko-fascistes adeptes de la chasse à l'homme qui rappelle Les Heures Les Plus Sombres De Notre Histoire (LHLPSDNH™), et par dessus tout, où le ridicule ne tue pas.
Les Jeunes Pop's comptent en leur sein un certain nombre de spécimens intéressants pour tout passionné d'anthropologie, comme par exemple Tristan Maupoil, jeune membre de Génération France (copéistes canal historique), rendu célèbre sur Twitter pour son action en faveur de la sauvegarde des arbres du 16e Arrondissement de Paris, ses propositions sur le mal-logement et sa passion pour les séries US. Mais leur chef entre tous, c'est Benjamin Lancar. Il est le maître. c'est lui qui commande, c'est lui qui décide. C'est le boss ! le grand manitou ! Le singe ! Le gros bonnet ! la vedette ! Le cerveau !
Benjamin Lancar est ce qu'on pourrait appeler un adepte du bad buzz. Elu puis réélu à la tête des jeunesses sarkozystes aux termes de scrutins qu'on pourrait qualifier de soviétiques sans tordre le cou à la réalité, c'est lui le roi de la com' à l'origine du fameux "Lip-dub" foireux de l'UMP, source illimitée de LULZ où l'on peut entre autre admirer Frédéric Lefebvre former un petit coeur avec ses doigts, comme c'est kromeugnon. Pour Benjamin Lancar, incarnation du troll en politique, peu importe le ridicule de ses sorties et événements médiatiques pourvu qu'on en parle. Bad publicity is still publicity. Parmi les suce-boules officiels du pouvoir, Lancar a trouvé son créneau (sa niche, diront les mauvaises langues) : porte-voix de son maître, là où un Brice Hortefeux répète ce que dit Sarkozy mais en plus gras, Benjamin Lancar répète ce que dit Sarkozy mais en plus con. Au point de susciter la consternation jusque dans son propre camp lorsqu'il loue la politique de Pierre Laval dans les années 1930 (alors qu'en réalité elle a été désastreuse).
Il y a quelques mois, conscients d'être à la ramasse sur l'Internet face à ce qu'ils désignent par la "gauchosphère", Lancar et ses joyeux compagnons de la iForce (la Team Internet des Jeunes Pop's) lancent l' "iRiposte". Consigne est donnée d'investir les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, et de traquer le gauchiste jusque dans les chiottes dans les moindres recoins de la Websphère française . Le problème, c'est que le Jeune Pop', à l'image de leur parti de vieux croulants moisis, a un cerveau de vieux dans un corps de jeune. Du coup le résultat, loin de renforcer la présence uhèmepique sur la toile, renforce surtout l'impression de ridicule qui entoure leur image. On peut citer par exemple le fameux compte Twitter GauchoLol, qui se pique d'être l'équivalent à droite des légendaires LOLectifs (courtesy of Diego-san) Brave Patrie et Humour de Droite. Malheureusement pour eux, Il semblerait que l'humour ne soit pas leur fort tant leurs tweets donnent l'impression d'avoir été rédigés par un conclave de mormons dépressifs sous Lexomil.
Il y a quelques semaines, après une campagne de teasing digne des plus grands blockbusters US, la iRiposte a dégainé sa nouvelle arme contre le gauchisme qui gangrène l'Internet : l'Observatoire des Mensonges de la Gauche, OMG en abrégé, clin d'oeil revendiqué à la fameuse expression anglophone "Oh My God" (la question de savoir si c'est un bon présage ou non est laissée à l'appréciation des lecteurs). Après le gaufrage en fanfare du site des Créateurs de Possible (1000 SMICs partis en fumée pour un site à l'aspect social très restreint), l'UMP prouve une nouvelle fois avec ce site qu'elle est totalement à l'ouest pour tout ce qui concerne les nouvelles technologies et notamment les réseaux sociaux. Mais bon, le social de toute façon c'est un truc de gaucho. Plus sérieusement, ceci n'est que le simple reflet de leur modèle traditionnellement pyramidal.
Première impression : la charte graphique, certes soignée, arbore fièrement un logo "faucille et marteau" qui pue la naphtaline, jouxtant l'ancien logo du PS (le Jeune Pop' est
bleeding edge), le tout dans un style très propagande soviétique de la grande époque stalinienne, avec une forte dominante rouge (forcément). Tout ça fleure bon la subtilité (sans parler de l'inculture, mais ça on le savait déjà). Un peu comme si un site anti-UMP était couvert d'images pieuses et de fleurs de lys.
La page de garde arbore un certain nombre d'encarts associant photo d'illustration et extrait de texte, le tout couvrant un certain nombre de thèmes de prédilection : 35 heures, sécurité, bouclier fiscal, etc. Le menu principal comporte en tout et pour tout quatre liens : "Accueil", "Contact", "Militer", "Riposter !".
Le lien "Contact" est comme son nom l'indique un formulaire de contact tout ce qu'il y a de plus banal. Le lien "Militer" permet de télécharger des tracts PDF particulièrement illisibles sur des sujets ciblés, à distribuer à la sortie des lycées : on a encore une fois droit au thème soviétique avec faucille et marteau et police pseudo cyrillique, assez pénible à lire, et par dessus tout en couleurs pleines. Le genre de truc qui coûte un bras à imprimer, mais comme le Jeune Pop est un winner, il a largement les moyens de se payer des cartouches d'encre.
Le lien "
Riposter !" sonne comme une promesse. Il s'avère être en fait une banale copie du formulaire de contact, dédiée exclusivement à la dénonciation d'un Mensongedelagauche. Bref, une fonctionnalité parfaitement redondante.
Les mentions de bas de page indiquent que le site est "Déployé avec Wordpress", célèbre CMS qui sert notamment à moult plateformes de blogs. On se prend à rêver. Le réveil est difficile : hormis les deux formulaires de contact susmentionnés, aucune possibilité d'interaction n'existe sur ce site. En effet les commentaires sont totalement désactivés, si bien qu'il n'existe aucun moyen pour les visiteurs de donner son avis sur les différents sujets abordés. C'est d'autant plus étonnant que WordPress gère sans problème cette fonctionnalité. Sa désactivation est donc volontaire à défaut d'être réfléchie (quoique). On trouve enfin en bas de chaque page une série de boutons pour partager l'article par l'intermédiaire de différentes plateformes sociales, comme Twitter ou Facebook. Summum du ridicule, un bouton permet même de s'abonner au flux RSS ... des commentaires de l'article ! Il faudrait que les webmasters de l'UMP réalisent un jour que l'esprit Web 2.0 ne se résume pas à quelques animations à la con, des ombres portées et des boutons arrondis.
On le voit, ce qu'on attend du visiteur de ce site est à l'image de la communication des Jeunes Pop's : propager sans réfléchir des informations prémâchées par la hiérarchie du Parti. On veut du robot décérébré qui "
like" du lien en série sans s'intéresser au contenu, encore moins à sa véracité. De la propagande politicarde dans ce qu'il y a de pire, le tout emballé dans un Web 0.2 indigent. Les statistiques de recommandation affichent d'ailleurs
des scores pitoyables, de zéro à quelques dizaines, quand le moindre groupe Facebook sur la réhabilitation du macramé en milieu rural en récolte des centaines. D'autant plus grotesque que la iForce est censée compter "
une cinquantaine de militants à travers la France", et n'est donc pas foutue de "
liker" ses propres contenus.
La communication sociale est à l'avenant : le hashtag #OMGauche utilisé sur Twitter, qui sert à l'annonce et à la propagation virale des nouveaux articles, comporte une majorité de messages sarcastiques, et la iForce pousse même le vice jusqu'à s'auto-retweeter en cascade. Un site parodique totalise même beaucoup plus de connexion que le site original, grâce à un meilleur référencement sur les moteurs de recherche.
Maintenant qu'on a vu la forme, intéressons-nous au fond. Et c'est à l'avenant : chaque article commence en général par un chapeau (sur fond rose, forcément) constitué d'une citation d'un responsable de gauche (en général hors contexte), suivi d'un contre-argumentaire (sur fond bleu, forcément) avec moult chiffres et données, le tout sans la moindre source ou le moindre lien permettant de vérifier les informations de façon indépendante. En règle général, l'iForce semble ignorer qu'il existe un truc nommé "lien hypertexte", qui dans son incarnation actuelle date d'à peine vingt ans cette année. Le présent article comporte d'ailleurs plus de liens que tout le site OMG. Ajouté à l'absence de possibilité de commentaires, l'impression "Web 0.2" se confirme. Le pire est que les argumentaires sont truffés d'erreurs et de contre-vérités, quand ils ne présentent pas comme des mensonges ce qui ne sont que de simples opinions, et qu'il est impossible au lecteur (fut-il lui-même militant UMP) de signaler la moindre erreur ou d'exprimer son avis. Soit tu aimes et tu partages aveuglément, soit tu fermes ta gueule. Benjamin Lancar ne déclarait-il pas qu'en matière de sécurité la gauche n'a qu'un seul droit et un seul devoir, celui de se taire ? Le voici le débat démocratique à la sauce UMP.
Tout ceci n'aurait dû susciter que mépris et moqueries, si le site n'avait récemment franchi la ligne jaune, et c'est ce qui m'a poussé à écrire le présent article. Je me bornais jusqu'à présent à me moquer joyeusement des bouffonneries des Jeunes Pop's en enchaînant les RT sarcastiques sur Twitter avec mes Kamarades gauchistes. Et croyez-moi, j'ai franchement mieux à faire de mon temps libre que d'analyser les dernières pignolades d'une bande de bouffons pathétiques. Mais l'article sur "L'affaire Laetitia" a tout simplement dépassé les bornes de la décence, en instrumentalisant un fait divers tragique à des fins de basse propagande politique mensongère (pléonasme quand il s'agit de l'UMP).
L'article en question commence par une citation hors contexte et non sourcée d'Eva Joly :
Eva Joly a déclaré que la justice française est l’une des plus mal loties (financièrement) en Europe dans sa réaction à la disparition de Laetitia.
Ce qui soit dit en passant est quelque chose de connu depuis de très nombreuses années. Le contre-argument jeunepopesque réfute d'emblée cette affirmation :
- Avec un budget de 5,02 milliards d’euros en 2006 consacré à la justice (source Ministère de la Justice), la France avait un bon classement en terme de moyens (3e rang européen).
Or cette affirmation est une contre-vérité manifeste. Ce chiffre concerne en effet le budget global de la justice. Or, rapporté au budget par habitant, la France atteint en 2006 le rang peu enviable de 27e sur 47 ! Contrairement aux responsables du site qui sont trop feignants ou trop malhonnêtes pour le faire, je vous ai mis les liens :
Avec un budget de 3,35 milliards d'euros en 2006 (année de référence) consacré à la justice, la France est plutôt bien placée, accèdant au troisième rang.
Mais, rapportée à sa population, elle n'est qu'à la 27e place sur quarante-sept.
La France dépense deux fois moins d'argent par habitant pour la justice que l'Allemagne et un tiers de moins que l'Italie.
Le chiffre français progresse sur deux ans de 51 à 53 €, mais la progression est plus lente qu'en Angleterre (+ 19 €), Belgique (+ 14) ou Espagne (+ 10).
La France chute même au 35e rang européen lorsque l'on rapporte ce budget à la richesse nationale : 0,19 % du Produit intérieur brut (PIB) par habitant. Derrière l'Arménie, la Moldavie ou la Roumanie.
Elle est au 35e rang pour le nombre de juges par habitant et au 39e rang pour les effectifs de personnels de justice.
Avec 1,2 tribunal pour 100 000 habitants, la France reste dans le bas du tableau, derrière la Turquie, l'Espagne ou le Portugal, mais devant le Royaume-Uni.
Le ministère de la Justice estime qu'il est difficile de comparer des systèmes judiciaires totalement différents, et met en doute la pertinence de ce classement.
(On passera sur la différence entre les chiffres des budgets, vu que le site OMG n'est pas foutu de citer correctement ses sources).
Un classement dont la pertinence est contestée par le ministère de la justice redevient donc parfaitement recevable dès lors qu'il s'agit de dénoncer un "mensonge" de la gauche, et ce de la façon la plus malhonnête. Rien de nouveau sous le soleil de la politique, sauf qu'ici on instrumentalise le calvaire d'une jeune fille à des fins de petite polémique politicienne en tordant le cou à la réalité. On devine qu'au travers de cet article mensonger c'est encore une fois la justice qu'on accuse d'être aux mains de juges rouges et politisés qui sapent le travail de la majorité, puisque le sous-financement de la justice n'est pas remis en cause. Ce comportement obscène est bien à l'image de cette majorité qui depuis près de 9 ans saute sur le moindre fait divers pour pondre à la chaîne des lois sécuritaires. Et à titre personnel je dois dire que tout cela me fait gerber.
Mais comment s'attendre à mieux de la part d'un enfant sauvage de la politique qui, à l'instar de son compère Frédéric Lefebvre, lâche des caisses en public, chie sur la table et se torche ensuite avec les serviettes ? Le plus inquiétant est que ce genre d'individu méprisable, inculte et prêt à tout puisse tout de même accéder à des responsabilités politiques. Rappelons qu'outre la présidence des Jeunes Populaires, Benjamin Lancar est Conseiller Régional d'Ile-de-France. Elu lors d'un scrutin de liste, car fort heureusement de petits apparatchiks comme lui sont parfaitement incapables de se faire élire sur leur nom propre à un scrutin direct tant leur réputation est exécrable même au sein de leur propre électorat.
Il arrive un moment où l'on n'a plus envie de rire et où l'on se prend à espérer qu'un responsable de l'UMP siffle enfin la fin de la récré.